Bonnefon
C'est la position stratégique du village de Bonnefon entre les vallées de la Boralde de Saint-Chély et de la Mousseau, au coeur de plaines fertiles qui lui valurent dès le 12ème siècle de servir de grenier à grain des moines d'Aubrac. Ces greniers se trouvent derrière la grande tour (à gauche de la route) édifiée au 15ème. Les grandes croisées à meneaux qui lui donnent un aspect moins austères sont un peu plus récents. Il en est de même de la toiture et du couronnement. Cette fortification avait sa raison d'être dans les nombreuses attaques par les bandes anglaises ou huguenotes que dut subir Bonnefon. L'assaut le plus récent est celui de 1656, par Clément de Jonquières. Ce dernier fut chassé en 1657 par Thonens, maréchal des logis en poste à Rodez. Autour de cette tour est né un hameau érigé en paroisse au 19ème et doté alors d'une église (à droite de la route) et d'un cimetière. Les deux belles maisons construites dans ce même siècle et situées à gauche de la tour furent en partie édifiées avec des vestiges des bâtiments de l'Hôpital d'Aubrac.

Enfin, on ne peut évoquer Bonnefon, sans parler d'Arthémon Durand-Picoral, né le 8 septembre 1862, à Artigues tout près. Cet instituteur et écrivain occitan publia entre autres "Lous gospijayres d'Aubrac" et "Peyroutou et Margorido". Il écrivit aussi de nombreux articles, contes, poèmes pour des journaux. Toute son oeuvre est marqué par ce coin de l'Aubrac.

A la sortie du hameau, il est possible d'apercevoir, au loin à gauche, en lisière de la forêt, l'ancienne maison forestière. On peut aussi admirer le point de vue sur les plaines de Bonnefon ainsi que sur la vallée. Aprés avoir  traversé le village de Bosse, nous continuerons à gauche à travers la forêt domaniale d'Aubrac et passons à proximité d'une retenue d'eau artificielle : le lac des Picades.
 

Brameloup
Au milieu de la forêt domaniale d'Aubrac, à la limite des cantons de Saint-Geniez-d'Olt et de Saint-Chély d'Aubrac, la station de sports d'hiver de Brameloup a vu le jour en 1965. Du sommet de Tournecoupe à 1388m d'altitude à la vallée de la Mousseau, la dénivellation est de 260m. Les pistes de ski alpin, repérables aux larges trouées dans la forêt sur les versants exposés au nord ont une longueur de 1000 à 2000m avec des pentes pouvant atteindre 40%. En été, celles-ci sont converties en parcours de golfun. Les pistes de ski nordique ont une longueur totale de plus de 45km. Au départ de Brameloup, elles permettent de rejoindre les autres stations de l'Aubrac. Outre les skieurs de fond, on y rencontre aussi l'hiver de magnifiques attelages de chiens tirant des traîneaux.

Nous rejoignons ensuite la route venant de Prades que nous prenons en direction d'Aubrac, village dont nous pouvons avoir une première vision sur la gauche dès la sortie du bois. Après quelques kilomètres, nous laissons à droite une tourbière en cours d'exploitation avant d'atteindre le buron de Camejane. 

 

Buron de Camejane
Une large partie du canton est une terre d'alpage, découpée en "montagne" où venaient paître les troupeaux des vallées durant l'été. La montée des troupeaux a lieu pour la Saint-Urbain, le 25 mai, le retour pour la vallée à la Saint-Géraud (Sanch Guiral), le 13 octobre. La fabrication du fromage en ces lieux est déjà citée au temps des romains. Il est alors considéré comme l'une des meilleures préparations de la province. En 1560, Brugères Champier décrit un mode de fabrication très voisin de celui qui est encore utilisé dans les burons.

Une "montagne" est régie par une poignée d'hommes dont chacun a une tâche bien définie.
Le cantales est le responsable, c'est lui qui s'occupe de la préparation du fromage. Le bédèlier a en charge les veaux, le pastre doit assumer la traite des vaches. Le roul est le garçon à tout faire.
Il ne reste aujourd'hui que très peu de burons en activité sur l'Aubrac dont le buron de Camejane. Ils étaient près de 300 au début de ce siècle, employant alors 1200 saisonniers et produisant 700 tonnes de fromages. Contrairement à une idée largement répandue, l'existence des burons n'est pas très ancienne. La grande majorité d'entre eux ont été construits au 19ème siècle (surtout dans sa deuxième moitié), après le démantèlement de la dômerie d'Aubrac. Auparavant, on trouvait surtout des ovins sur ces grand plateaux.

Il est difficile de parler d'un buron sans évoquer l'aligot. Dans son livre "Daniel Crozes vous guide en Aveyron", l'auteur indique que ce plat trouverait son origine à la dômerie d'Aubrac. Lors de leur arrivée, les voyageurs demandaient aux moines quelque chose à manger (aliquid en latin). On leur servait un plat à base de pain et de fromage. Le nom évolua en aliquot puis aligot. Au 19ème siècle, la pomme de terre remplaçant le pain, la recette devint celle que l'on connaît aujourd'hui.

En suivant encore cette route serpentant dans les montagnes à la frontière entre Aveyron et Lozère, nous atteignons un important plan d'eau situé sur la gauche de la route. 
 

Lac des Moines
Le canton de Saint-Chély est le réservoir d'eau de l'Aveyron. Cette affirmation prend toute sa signification en ce lieu. Le lac des Moines, retenue artificielle au milieu de la montagne du Pesquié, a pour but de régler le débit de la Boralde de Saint-Chély. Ce ruisseau  prend sa source au Puech du Pommier, et se jette dans le Lot en amont de Saint-Côme. La principale prise d'eau est située quelques kilomètres plus bas, en amont de Saint-Chély, plus précisément au niveau du pont de Lagal en dessous le village des Touzes. L'eau capturée est d'abord amenée à un centre de filtrage en haut du village de Salgues où elle subit un premier traitement. Elle est ensuite acheminée vers les communes du bassin (Montbazens, Rignac...) regroupées en un syndicat.

La capacité du plan d'eau est de 1 260 000m3. Sa superficie est de 23 hectares. La longueur de la digue de la retenue est de 300m. Face au lac, on peut voir le sommet des Moussous surmontée d'une statue inaugurée, il y a juste un an. Elle a été installée en cet endroit à l'initiative de la communauté des moines venant passer une partie de l'été dans les burons désaffectés de l'Aubrac après les avoir restaurés.

Nous poursuivons notre route jusqu'à l'intersection avec la D587 venant de Nasbinals. Nous prenons alors à gauche en direction d'Aubrac. Après quelques virages, nous voyons à notre droite le Royal avec à ses côtés la patinoire et son dôme blanc. Ce bâtiment a accueilli pendant de nombreuses années les "Gaspejaires" venant retrouver une santé de fer sur les montagnes. Ils allaient tous les matins boire du petit lait (gaspa en occitan) dans les burons voisins. Une halte est prévue à Aubrac pour assister dans l'église à une présentation de l'histoire de la dômerie suivi d'une visite du hameau. Les voitures doivent être garées sur les deux parkings qui se trouvent sur la route de Saint-Chély (route à gauche sur la place), en dessous du village.  
 

Aubrac
Aubrac à 1350m d'altitude tire son nom de Alto Braco qui veut dire "lieu élevé". Malgré cette position que l'on pourrait croire peu favorable, son histoire est riche en rebondissements. A l'aube du 12ème siècle, le plateau d'Aubrac était livré à une exploitation pastorale plus ou moins incontrôlée. La conséquence en était un appauvrissement général se traduisant par la présence de landes relativement désertes. La légende dit que l'on y trouvait surtout des voleurs et bandits. Ceux-ci détroussaient les pèlerins venant du Puy-en-Velay et qui utilisaient l'ancienne voie romaine appelée via Agrippa menant Lyon à Bordeaux et Toulouse en passant par Javols en terre de Peyre et Rodez pour se rendre au sanctuaire de Saint-Jacques de Compostelle en Espagne. Ce pèlerinage avait pris son essor dès le 10ème siècle. Les difficultés liées au climat et à l'insécurité de la traversée du plateau, conduisirent un dénommé Adalard d'origine flamande à fonder vers 1120, au voisinage du point le plus élevé, un monastère hôpital destiné à accueillir, servir et soigner toutes sortes de gens passant par là. Les vertus du fondateur Adalard et de ses frères, chevaliers ou prêtres, donats ou hospitaliers, eurent tôt fait, suivant le même texte du Deutéronome d'aider les errants "à enfourcher les hauteurs du pays pour qu'ils se nourrissent ici, malgré la tourmente et le froid, du produit des champs, de la miche de pain, de la fleur de froment, de l'huile mûrie sur les granits des rochers". Ainsi se développa rapidement un puissant asile solidement et sobrement bâti. Les multiples aléas de l'histoire le déferont et le reconstruiront. Dès 1215, il subit les assauts des Albigeois, puis ce seront les occupations successives des Anglais (1353), des Routiers (1385), des Huguenots (1569) et des Soudards de la Ligue (1595). La révolution française démantèlera cet ensemble colossal. L'ampleur de l'hospitalité permettait de distribuer jusqu'à 5000 pains par jour et d'héberger simultanément 500 personnes. Pour assurer une telle intendance, la dômerie gérait une multitude de granges et métairies alimentant cette maison, suivant la charte de la fondation. En effet, outre Bonnefon et ses greniers, la dômerie d'Aubrac avait des possessions qui s'étendaient en Rouergue et au delà. On peut citer entre autres la ferme des Bourrines.

Avec Ronceveaux dans les Pyrénées, Aubrac est un des rares exemples d'hospitalités de ce genre. Malheureusement, les nombreuses destructions ont laissé peu de vestiges. On pourra cependant admirer le style de l'église : Notre Dame des Pauvres, de la tour des Anglais ainsi que de la maison des gardes forestiers. On pourra aussi entendre le son de la cloche des perdus, seule rescapée des cinq cloches de la dômerie. Elle était utilisée le soir et par temps de tourmente pour permettre aux égarés de retrouver leur chemin. Outre les vestiges de la dômerie, on peut y visiter un magnifique jardin botanique, entretenu par F. Nouyrigat, auteur d'un livre sur la flore de l'Aubrac.

Aujourd'hui, Aubrac reste un lieu mythique, marqué par le poids de l'histoire, placé sous la bienveillance du buronnier sculpté dans le bois trônant sur la place. En prêtant l'oreille, on y entend aussi le murmure de ceux qui ont foulé cette terre, que ce fût celui des grands de ce monde comme le roi François 1er venu en juillet 1533 remercier les religieux pour la généreuse donation qu'ils avaient faite lors de la collecte destinée à payer la rançon lorsqu'il était prisonnier à Pavie, ou des plus humbles venus y rechercher réconfort et santé.

La deuxième partie du circuit va nous conduire jusqu'au centre du Tioul via le Fourc du Serre. Pour cela, nous reprenons la D587 en direction d'Espalion. A la sortie du village d'Aubrac, nous pouvons apercevoir sur la gauche une croix ainsi qu'un ancien buron. Après avoir traversé un petit bois, on aperçoit voir toujours à gauche une tourbière en formation. Celle-ci, incluse dans le communal de Belvezet, a été très souvent photographiée et apparaît dans de nombreux livres sur l'Aubrac. Plus loin, nous laissons sur la droite la croix du Triadou. De ce lieu, il est possible de rejoindre la montagne des Enguilhens et les Truques d'Aubrac (1442 m). Nous quittons la D589 à la hauteur d'Aulos pour suivre à droite la Transaubrac. Après les montagnes servant de zones d'estives, nous allons maintenant retrouver les paysages des vallées des Boraldes avec les près et les forêts. Nous franchissons une première Boralde au niveau du hameau des Brasses.    

Le fourc du Serre
En dessous du village d'Aulos, le hameau des Brasses où se tenait un moulin partage avec les villages de la Vialatelle et du Serre la particularité d'être rattaché à la paroisse de Saint-Chély tout en appartenant à la commune de Condom. En fait, cette bizarrerie est certainement liée à l'importance qu'avaient ces villages et tout particulièrement celui du Serre. Ce dernier était dénommé dans les anciens actes "un Fourc" ou un "mandement". A ce titre, il possédait un bayle ou ancêtre de notre percepteur.

Les hameaux du Cros et du Viala y étaient rattachés. Il en était de même de ceux disséminés autour de la grange monastique de Guilhem. En effet, de récentes recherches faîtes par un groupe d'archéologie de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) permettent de situer cette dernière sur le lieu-dit "Thérondet" où d'imposantes ruines subsistent encore en lisière de forêt. D'autres habitats des 11ème et 12ème siècle ont été aussi repérés dans la clairière. Un inventaire des biens de la dômerie d'Aubrac dressé en 1768 mentionne déjà l'existence d'un buron en dur. Ceci atteste une continuité d'exploitation du 10ème au 20ème siècle probablement unique en Aubrac, bien que de nombreuses fermes aient été repérées un peu partout sur le plateau de l'Aubrac, grâce notamment aux prises de vues aériennes, par exemple "aux places hautes" près de Saint-Andéol ou au Bartas près de Montorzier. On y cultivait aussi le blé et l'avoine comme l'indiquent les contrats de fermage du moulin des Brasses en 1332, et encore plus ancien, de celui situé sur la Boralde sous le Viala Bas en 1290.

En continuant notre route sur la Transhumance, nous allons bientôt rejoindre la départementale venant de Curière. Nous pouvons alors apercevoir le village de Condom d'Aubrac face à nous.
 

Condom d'Aubrac
"Je n'ai que peu de mots à dire sur Condom, toute petite paroisse limitrophe de celle d'Aunac". Ainsi commence la notice que l'historien Henri Affre consacre à la commune de Condom dans son ouvrage, pourtant bien documenté, Lettres à mes neveux sur l'histoire de l'arrondissement d'Espalion, publié en 1858. Heureusement, les remarquables recherches des chanoines Rigal et Verlaguet regroupées dans les documents sur l'Hôpital d'Aubrac, ainsi que l'Histoire d'Aunac rédigée par le Père Joseph Mercui, apportent des informations supplémentaires qui nourrissent le corps de cette brève présentation. Plus récemment encore, des fouilles archéologiques ont mis en évidence un habitat important sur la montagne des Enguilhens remontant au 11ème siècle - donc antérieur à la dômerie d'Aubrac - et remplacé ensuite par une "grange" dont l'histoire a conservé le nom du dernier propriétaire un certain Monsieur Guilhem (voir le paragraphe précédent). Le territoire de Salgues-Aunac  a quant à lui fourni des pièces de silex attestant l'ancienneté du peuplement. La Bastide d'Aunac, en revanche, est une fondation du 13ème siècle comme l'ensemble des bastides créees dans le Comté de Toulouse par Alphonse de Poitiers. Pour Condom, c'est l'éthymologie qui plaide en faveur d'une fondation au moins romaine. "Condatomagus" signifie en effet au confluent de deux rivières. C'est bien cette situation entre les deux boraldes du Serre et de la Poujade de rejoignant à Carays, qui le caractérise.

A l'origine, Condom et Aunac formaient donc deux paroisses, puis deux communes distinctes jusqu'en 1837. Salgues était d'abord une simple dépendance d'Aunac. Il ne prit son essor qu'au 19ème siècle.

A partir du 12ème siècle, Condom fut une dépendance d'Aubrac. Le 2 avril 1245, le pape Innocent IV met sous sa protection l'Hôpital d'Aubrac et ses dépendances dont l'église Sainte-Marie de Condom  et toutes les possessions du Serre de Condom. Dès 1232, D. Rotbert, le plus ancien curé de Condom connu à ce jour est témoin d'une transaction entre les seigneurs de Séverac et le Dom d'Aubrac. Cependant Guilhaume de Belvezet posséda le mas de la Fabrègue jusqu'en 1264 et G. de Castelneau une partie de la Poujade et de Salgues, jusqu'à la même date.

En ce qui concerne Aunac, dont l'Eglise est sûrement le monument le plus ancien et le plus notable de la commune, on sait qu'il a fourni le 5ème Dom à la dômerie d'Aubrac en la personne de Dordé qui, selon la tradition, aurait fait bâtir le monastère et l'église. D'après le questionnaire établi par l'évêque Champion de Cicé en 1771, la commune était très pauvre. Elle était souvent victime de la grêle et sans doute plus encore des cinq seigneurs qui y levaient des impôts (Baron de Calmont, Marquis de Saint-Côme, Abbés de Bonneval et d'Aubrac, Seigneur de Salgues). La famille de Salgues, propriétaire du château de ce lieu, est attestée à partir de 1358 lors du mariage de Guilhaume. Le dernier représentant de cette famille Jean-Raymond Philibert, né à Salgues, le 23 juin 1767 fut à l'école militaire de Paris un condisciple de Bonaparte. Il le servit plus tard notamment lors de la campagne de Russie. Auparavant, en 1793, il avait été un partisan actif de la "Petite Chouannerie" animée par Charrier sur l'Aubrac. Cela faillit entraîner la destruction du Château de Salgues et valut à Jean-Raymond Philibert une période d'émigration.

La paroisse d'Aunac commença à être démembrée le 23 novembre 1775 quand fut érigée en succursale la chapelle de La Bastide, construite par les religieux de Lévignac. Le territoire de cette succursale fut pris, partie sur le territoire de Saint-Côme, partie sur celui de Condom. Cela explique la division actuelle de ce village entre les deux communes. La construction de l'église de Salgues, en 1865, paracheva le déclin. 

Enfin et pour terminer, il faut savoir que Condom faillit avoir une gare ferroviaire, sous "La Fabrègue" au lieu-dit "La Costa Pelada" et sur la ligne Paris-Rodez de surcroit ! Si le projet avait abouti, il est sûr que les choses eussent été changées. Malgré cela, et contrairement à ce qu'en pensait H. Affre, il est certain qu'il y a beaucoup à dire sur ce bourg et encore plus à glaner.

A l'intersection de la Transaubrac avec la départementale, nous virons à gauche et atteignons presque immédiatement le hameau de la Cave. Cette route qui serpente à travers les vallées des Boraldes va nous mener jusqu'à la D587 que nous avons quitté précédemment. Cette ancienne nationale était autrefois dénommée "Route d'Argent". Nous la suivons à gauche sur un kilomètre environ, jusqu'à atteindre le carrefour de la Baraquette, où nous prenons à droite en direction de Saint-Chély la D19. Le centre du Tioul se trouve à droite face au château de Salecroup.
 

Centre de testage de la race d'Aubrac
On se demande souvent à quand remonte la race d'Aubrac et le débat semble loin d'être tranché. Son existence est déjà révélée dans un bail à cheptel consenti le 17 mars 1346 par Frère Maurin Gisberti, religieux d'Aubrac, à Déodat del Bouyssou de Condom faisant état de deux boeufs fauves qui ressembleraient assez à la description de deux beaux Aubrac. Ils étaient estimés à six livres tournois. Un siècle plus tard, Déodat Belcayre de Byesses (Aunac) reconnaît tenir de Guilhaume Gardes, Donat d'Aubrac, une paire de boeufs de labour, l'un de poil noir, l'autre de poil rouge, plus une vache de poil roux et deux veaux.

Henri Pradel de Bonnefon, rapportait en 1909 les propos de M. Magne décrivant ainsi la race d'Aubrac : "Nous ne croyons pas qu'il existe pour le sculpteur et le peintre de plus joli modèles de bêtes à corne qu'une belle vache de 3 à 4 ans, ou un beau taureau de 24 à 30 mois, avec leur port fier, leur démarche aisée, leur tête relevée, leurs yeux noirs et leurs cornes légèrement contournées". Cette phrase résume l'attachement que portaient nos ancêtres à cette race rustique et dure au travail. 

Les qualités de cette race sont toujours reconnues. Deux méthodes de sélection ont été mises en oeuvre pour la conserver et l'améliorer. Un premier centre de testage réservé aux taurillons a d'abord été installé en 1979 à la Borie du Griffoul sous l'égide de l'Union Aubrac. Les résultats obtenus ont conduit à développer cette approche et à transférer le centre dans les nouveaux bâtiments du Pouget (centre du Tioul), plus modernes et plus adaptés. 

La dernière partie du circuit, très courte, va nous mener jusqu'à Saint-Chély d'Aubrac. Pour cela, il faut prendre la D19 à droite immédiatement à la sortie du centre. Après la longue ligne droite traversant les plaines de Salecroup, nous bénéficieront d'une vue sur la vallée de la Boralde. On remarque en particulier, niché dans le haut de la vallée sur la gauche le village de Belvezet protégé par son piton rocheux au sommet duquel subsiste les ruines d'une ancienne tour. Après quelques virages, nous découvrons le bourg de Saint-Chély.

 

Saint-Chély d'Aubrac
L'existence d'une vie humaine à Saint-Chély est très ancienne. Des silex taillés datant de moins 3400 avant Jésus-Christ ont été découverts dans les "prats majoux", prés abrités en dessous du bourg. Quand à l'origine du nom de Saint-Chély, elle est controversée. Marc-Henri Fabre soutient une thèse l'attribuant à une déformation de Sanctus Hilarius (Saint-Hilaire). Pour ces opposants, il viendrait plutôt de Sanctus Eligius (Saint-Elie) ou Sanctus Elodius (Saint-Eloi), qui aurait donné Sanch Eli en occitan. Cette version s'appuie sur le fait que la paroisse est placée sous la protection de ce saint, comme on peut le voir dans l'église. Les premières traces de l'existence de celle-ci remonte à 1082 dans un acte où l'évêque de Rodez en fait don à l'Abbaye Saint-Victor de Marseilles. Les terres de Saint-Chély sont alors divisées entre les trois seigneuries de Belvezet, d'Estaing et de Calmont. Ce dernier céda ses terres à la dômerie d'Aubrac en 1270. L'église fut brûlée par les routiers en 1385, avant d'être reconstruite au début du 15ème siècle. Dans le même temps, le bourg est fortifié. Le clocher actuel est en fait une tour de gué qui se trouvait sur les remparts. On peut encore voir quelques traces de ceux-ci dans une maison ancienne voisine de l'église. Le porche fut réalisé en 1655, et le choeur de cette église romane date de 1848. Une originalité de cet édifice réside dans les doubles tribunes superposées ainsi que dans les gros arc doubleaux.

Saint-Chély se trouve sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle (GR 65). On en trouve une marque sur la croix du pont vieux. Elle date du 14ème siècle et porte sur son fût un pèlerin sculpté. Ce pèlerinage peut aussi expliquer le nombre important de prêtres que comptait le bourg (29 en 1570 et 52 en 1771). Ils avaient en charge les paroisses de la contrée. Ils devaient aussi avoir une mission d'enseignement. En effet, Saint-Chély posséda un collège important. 

Il fut fondé en 1630 grâce à la générosité d'un religieux d'Aubrac et d'autres personnes. Géré par des frères, ceux-ci devaient faire chanter le Salve Regina aux élèves tous les samedis pour le repos des âmes de leurs bienfaiteurs. Ils devaient aussi élever gratuitement quatre enfants de la paroisse. 

Saint-Chély n'était pas seulement une bourgade religieuse. Au 16ème siècle, il existait une industrie très florissante : celle des tisserands. Les gens de ce métier se réunirent en 1519 en une corporation qui était la forme des syndicats de l'époque, sous l'invocation de Saint Eutrope. En 1700, la confrérie comptait 20 membres. Ils étaient installés dans le quartier de la Carderie en aval du pont vieux.

Lors de la révolution en 1793, Saint-Chély, comme tous les villages portant un nom  à connotation religieuse, dut changer d'appellation. Il prit le nom de "Vallée-Libre" et devint chef-lieu de canton et de district.

Le chemin de fer faillit même atteindre Saint-Chély. Le projet, soutenu par l'Amicale, consistait à créer une ligne d'Espalion à Saint-Flour. Il fut abandonné à l'issue de la guerre de 1914-1918. D'autres projets eurent, eux, plus de chance. Ainsi, le bourg a été un précurseur en terme d'électrification. Les premières ampoules électriques brillaient dès 1914 grâce à la reconversion d'un des moulins situés sur la Boralde. Ceci prend tout son sens quand on sait que certains petits hameaux de l'Aubrac ne pouvait accueillir la fée électricité 50 ans plus tard en 1964, comme cela est reporté dans une étude menée par le CNRS.

Pour conclure cette visite du canton, on pourra méditer sur cette pensée gravée dans la pierre d'une vieille maison près de l'église de Saint-Chély : "Fais ce que tu voudras avoir fait quand tu mourras".

 

Ces quelques notes ont été rédigées par Jean-Pierre Barès, Adrien Moisset et Pierre Vincens à partir de documents qui leur ont été fournis gracieusement par le Syndicat d'Initiative cantonal ainsi que diverses associations locales et à l'aide de différents ouvrages dont "Un demi-siècle d'amitié" publié par l'Amicale des Enfants du Canton de Saint-Chély d'Aubrac en 1962 grâce aux efforts de J. Baldit et de H. Conquet ou la série d'étude sur l'Aubrac publié par le CNRS dans les années 1970. Ces notes sont bien sûr incomplètes, mais les auteurs espèrent qu'elles vous auront aidé à suivre la visite du canton de Saint-Chély, et peut-être donné envie de revenir un jour le découvrir plus longuement. Compte-tenu des impératifs horaires, tant de lieux magiques ont dû être oubliés : Aunac et son église, Belvezet et les ruines de la tour sur un piton de granit, Castelviel et son roc, la forêt des Enguilhiens et l'histoire du maquis Rolland... Les auteurs tiennent à exprimer leurs profondes gratitudes à toutes les personnes qui les ont aidés dans cette entreprise.

Extrait du livret de la Fédération Nationale des Amicales Aveyronnaises lors du rassemblement du 12 Août 1998.

 

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